L’activiste Hindou Oumarou Ibrahim remporte le Prix Pritzker pour les jeunes innovateurs environnementaux

Hindou Oumarou Ibrahim réagit à l'annonce du prix sous le regard de Magali Delmas (à gauche), professeur à l'UCLA - Photo par Jonathan Young/UCLA

La jeune Tchadienne reçoit 100 000 dollars pour un travail d’unification des cultures autour d’une ressource en eau qui se raréfie et qui dessert quatre pays africains.

UCLA Institute of the Environment and Sustainability (Institut de l’environnement et du développement durable de l’Université de Californie à Los Angeles (UCLA)) a remis le prix Pritzker Emerging Environmental Genius Award 2019 à Hindou Oumarou Ibrahim, membre de la communauté semi-nomade autochtone Mbororo du Tchad.

Mme Ibrahim promeut la protection de l’environnement pour les groupes autochtones en travaillant avec des organisations internationales, notamment en tant que membre du conseil d’administration du Partenariat des Nations Unies pour les peuples autochtones. Elle dirige également une coalition environnementale communautaire dans la région entourant le lac Tchad, une source d’eau essentielle qui a diminué de 90 % depuis 1980 – en partie parce que les températures dans la région ont augmenté de 1,5 degré Celsius au cours du siècle dernier. Des conflits violents ont parfois éclaté entre les groupes qui se disputent cette ressource vitale.

Cette récompense annuelle est assortie d’un prix de $100 000 (environ 60 millions de FCFA), qui est financé par une partie d’un don de 20 millions de dollars de la Fondation de la famille Anthony et Jeanne Pritzker à UCLA. Il s’agit de la première grande distinction décernée spécifiquement aux innovateurs de moins de 40 ans – ceux dont le travail est le plus susceptible de bénéficier du prix en argent et du prestige qu’il confère.

Mme Ibrahim a déclaré que le prix, qui a été remis le 7 novembre au Hershey Hall de l’UCLA, aidera à amplifier les voix de 370 millions d’autochtones dans le monde.

« Les voix des peuples autochtones se font entendre ici – à travers moi, à travers vous tous et à travers ce prix « , a dit Ibrahim. « Nous sommes tous ensemble. Nous gagnerons cette bataille, je suis si confiante. »

Des chercheurs universitaires, des experts du Pentagone et d’autres ont constaté que le changement climatique rapide – dû en grande partie aux émissions de carbone d’origine humaine – a contribué à un nombre croissant de conflits armés. On s’attend à ce que le phénomène touche particulièrement les régions qui sont déjà instables.

Afin de prévenir et réduire les conflits dans le bassin du lac Tchad, Ibrahim a développé un programme qui recueille des informations sur les ressources naturelles auprès des agriculteurs, pêcheurs et éleveurs de plus d’une douzaine de groupes ethniques africains, puis produit des cartes en 3D de ces ressources naturelles que leurs communautés peuvent partager. L’effort vise à réduire les risques de conflit entre les groupes.

« C’est incroyable de voir des femmes et des hommes qui n’ont jamais mis pied à l’école travailler ensemble pour construire des cartes en 3D qui partagent des connaissances critiques, comme les endroits où l’on peut trouver de l’eau douce même dans les pires jours de la sécheresse « , écrit Ibrahim dans sa demande de prix. « Mais l’aspect le plus intéressant de ce projet est qu’il aide à réduire les conflits et les tensions entre les communautés. »

Mme Ibrahim est conseillère officielle du Secrétaire général de l’ONU en prévision d’un grand sommet sur le climat qui aura lieu à Glasgow en septembre 2020. Elle défend également les droits des peuples autochtones, les droits des femmes et la justice environnementale dans des instances mondiales de premier plan, notamment en tant que chercheuse au National Geographic Explorer et aussi chercheuse autochtone principale pour Conservation International.

Le prix Pritzker est ouvert à tous ceux qui travaillent à résoudre des problèmes environnementaux sous tous les angles – de la science à la défense des intérêts et à l’esprit d’entreprise. Mais les trois finalistes du prix de cette année étaient tous des militants, ce qui reflète peut-être la tendance mondiale des jeunes à jouer un rôle plus vigoureux dans la lutte contre le changement climatique. Outre Mme Ibrahim, les finalistes étaient May Boeve, directrice exécutive de 350.org, et Varshini Prakash, fondateur du mouvement Sunrise. Les finalistes ont été sélectionnés par un jury composé de membres du corps professoral de l’UCLA parmi 20 candidats nommés par un groupe international de leaders environnementaux.

Mme Ibrahim a été choisie comme lauréate par cinq éminents membres du jury : Shawn Escoffery, directeur exécutif de la Roy and Patricia Disney Foundation ; Geof Rochester, expert en durabilité et marketing ; Wendy Schmidt et Nicolas Berggruen, philanthropes ; et Kathryn Sullivan, ancienne directrice de la National Oceanic and Atmospheric Administration et première femme américaine à sortir dans l’espace.

Peter Kareiva, directeur de l’UCLA Institute of the Environment and Sustainability, a déclaré que la plus grande valeur du prix Pritzker est qu’il réunit une communauté de candidats, d’anciens lauréats, de professeurs de l’UCLA et de leaders environnementaux qui servent de membres pour le jury et pour les nominations.

« Nous sommes bien au-delà de l’époque où one disait qu’une seule innovation va faire la différence, une seule politique va la faire. Nous sommes bien au-delà de cela « , a dit Kareiva.

Après avoir reçu le prix de Tony Pritzker, Ibrahim s’est fait l’écho de ce sentiment et a invité les autres finalistes à monter sur le podium.

« Nous avons besoin d’action, et cette action ne peut se produire que si nous unissons tous nos efforts « , a dit Mme Ibrahim. « Nous y parviendrons tous ensemble. »

Nous vous proposons cette traduction est offerte à titre gracieux. Seul le texte original en anglais fait foi.