Lettre de John Kerry au sujet du Rapport 2014 sur la traite des personnes

Cher lecteur, chère lectrice,

C’est un moment vital et complexe pour nous tous. Les États-Unis sont activement engagés sur un nombre incalculable de fronts dans tous les continents à travers le monde – des engagements et des efforts vastes et simultanés.

Au nombre de ces défis, il en est un, absolument et inextricablement lié à l’effort plus vaste entrepris pour faire rayonner l’État de droit et gérer la crise des États défaillants ou en déliquescence, qui constitue l’atteinte peut-être la plus grande à la liberté fondamentale, et c’est le fléau de la traite des personnes. Qu’il prenne la forme d’une jeune fille prisonnière d’une maison close, d’une femme contrainte à la servitude domestique, d’un jeune garçon forcé de se vendre dans la rue ou d’un homme brutalisé sur bateau de pêche, les victimes de ce crime sont privées de leur droit de vivre comme elles l’entendent, et la traite et ses conséquences ont un effet d’entraînement qui touche chaque élément de la société.

Le combat contre l’esclavage moderne revêt un aspect profondément personnel pour moi. Quand j’étais procureur près de Boston dans les années 1970, je me suis appliqué à mettre des criminels derrière les barreaux pour viol et agression sexuelle. Nous étions en fait l’une des toute premières juridictions d’Amérique à établir un programme de protection des témoins en faveur des victimes.

Mon travail de procureur a gravé en moi une leçon bien simple. Ce n’est que lorsqu’on commence à voir les victimes comme des survivants – et non de simples témoins potentiels – qu’on peut leur apporter une plus grande mesure de justice et les aider à trouver le courage d’aller de l’avant.

Les survivants savent mieux que quiconque les mesures que nous devons prendre pour repérer les personnes asservies et traduire en justice les individus responsables. Quand un Cambodgien, trompé par la ruse, finit dans une situation de travail forcé loin de chez lui, il sait mieux que quiconque comment nous pouvons atténuer ce risque. Quand une jeune Népalaise se trouve embrigadée dans l’industrie du sexe, elle sait mieux que quiconque comment aider les agents de l’application de la loi à repérer les futures victimes de ce crime. Et quand cette femme coopère en vue d’obtenir la condamnation de son trafiquant, elle sait mieux que quiconque ce qui atténue le côté traumatisant de cette procédure et accroît l’efficacité de nos efforts.

Nous avons tous la responsabilité de réduire considérablement l’incidence de ce crime horrifiant et trop fréquent. Le travail que nous faisons avec les victimes est la clé qui ouvrira la porte au changement réel – non seulement pour les plus de 44 000 survivants qui ont été identifiés au cours de l’année écoulée, mais aussi pour les plus de 20 millions de victimes de la traite encore dans l’ombre.

En tant que secrétaire d’État, j’ai vu de mes propres yeux d’innombrables actes de courage et d’engagement. J’ai vu des victimes de ce crime devenir des survivants, et des survivants devenir la voix de la conscience et de la conviction dans cette cause.

Le Rapport sur la traite des personnes de cette année offre une feuille de route pour lutter contre le fléau qu’est ce phénomène. Qu’on soit un citoyen préoccupé, un membre d’un conseil d’administration, un agent public ou un survivant de la traite, on a tous la responsabilité de repérer la traite des personnes, de mobiliser nos collectivités et de s’engager à agir. Je vous invite à nous aider à tourner la page.

Allons de l’avant,

John F. Kerry
Secrétaire d’État