Remarques du Président Obama au sommet des dirigeants sur la lutte contre l’EIIL et l’extrémisme violent

Président Obama: Mesdames et Messieurs, chers collègues chefs d’État et de gouvernement, bonjour. L’année dernière, ici même aux Nations unies, j’appelais le monde à s’unir contre ce mal qu’est l’EIIL, ou Daesh, et à éradiquer le fléau de l’extrémisme violent. Et j’avais sommé les pays à revenir cette année devant l’Assemblée générale avec des propositions d’actions concrètes que nous puissions entreprendre ensemble.

Je voudrais remercier tous ceux qui sont ici aujourd’hui, y compris mes collègues chefs d’État et de gouvernement, pour avoir répondu à cet appel. Nous sommes rejoints par les représentants de plus de 100 nations, plus de 20 institutions multilatérales, environ 120 groupes de la société civile du monde entier ainsi que des partenaires du secteur privé. Je crois que ce que nous avons ici aujourd’hui constitue l’émergence d’un mouvement mondial qui est uni autour d’une mission : affaiblir, puis détruire l’EIIL.

Ensemble, nous poursuivons une stratégie globale qui s’inspire des succès que nous avons enregistrés au fil de toutes ces années et qui nous ont permis de paralyser le noyau central d’Al-Qaïda dans les régions tribales d’Afghanistan et du Pakistan. Et nous mobilisons pour cela tous nos outils – l’armée, les services de renseignements, l’économie, le développement et la force de nos communautés.

J’ai dit et répété que notre approche prendrait du temps. Ce n’est pas une tâche aisée. Nous voyons l’EIIL prendre racine dans des régions qui souffrent déjà, dans certains cas, d’une absence de gouvernance et, dans d’autres cas, de la guerre civile ou des combats sectaires. Et à la suite du vide qui règne dans beaucoup de ces régions, l’EIIL a réussi à s’y installer. L’organisation s’est montrée résiliente, elle est d’une redoutable efficacité grâce aux réseaux sociaux et elle est parvenue à attirer des sympathisants non seulement dans les zones où elle opère, mais dans beaucoup de nos pays à nous.

Il y aura des succès et il y aura des échecs. Il ne s’agit pas d’une bataille conventionnelle. Il s’agit d’une campagne de long terme, pas seulement contre ce réseau en particulier, mais contre son idéologie. Et donc dans les quelques minutes qui me sont imparties, j’aimerais vous donner un bref aperçu de la situation à l’heure actuelle.

Notre coalition comprend désormais près de 60 nations, parmi lesquelles nos partenaires arabes. Ensemble, nous accueillons trois nouveaux pays dans notre coalition : le Nigéria, la Tunisie and la Malaisie. Plus d’une vingtaine de nations contribuent d’une façon ou d’une autre à la campagne militaire, et nous saluons et remercions tous les militaires de nos pays respectifs qui opèrent avec professionnalisme et détermination.

En Irak, l’EIIL continue à tenir Mossoul, Falloujah et Ramadi. Mais les forces irakiennes, soutenues par la puissance aérienne de la coalition, ont libéré des villes dans la province de Kirkouk ainsi que Tikrit. L’EIIL a maintenant perdu près d’un tiers des zones habitées qu’il contrôlait en Irak. Dix-huit pays participent aujourd’hui à l’entraînement et au soutien des forces irakiennes, y compris des volontaires sunnites qui veulent chasser l’EIIL de leurs communautés. Et, Monsieur le Premier ministre Abadi, je tiens à souligner les sacrifices énormes accomplis tous les jours par les forces irakiennes et le peuple irakien dans cette bataille.

Concernant la Syrie, pays qui a évidemment fait l’objet de discussions importantes lors de cette Assemblée générale, nous avons vu arriver le soutien de la Turquie, qui nous a permis d’intensifier notre campagne aérienne. L’EIIL a été chassé de vastes territoires dans le nord-est de la Syrie, y compris la ville clé de Tal Abyad, ce qui a permis de mettre une pression nouvelle sur son bastion de Raqqa. Et l’EIIL a été coupé de presque toute la région frontalière de la Turquie, ce qui constitue une étape décisive pour endiguer le flux de combattants terroristes étrangers.

Suite à la réunion spéciale du Conseil de sécurité que j’ai présidée l’année dernière, plus de vingt pays supplémentaires ont fait passer ou renforcé des lois visant à endiguer le flot de combattants terroristes étrangers. Nous échangeons davantage d’informations et nous renforçons les contrôles aux frontières. Nous avons empêché des candidats au combat d’arriver jusqu’au champ de bataille et de revenir menacer nos pays. Mais cela reste un défi majeur, et aujourd’hui nous allons examiner plus spécifiquement comment nous pouvons faire davantage ensemble. Parallèlement à ce sommet, les États-Unis et ses partenaires prennent en outre de nouvelles mesures pour lutter contre les circuits de financement illicites utilisés par l’EIIL pour payer ses combattants, financer ses opérations et lancer des attaques.

Nos efforts militaires et dans le domaine du renseignement ne permettront pas à eux seuls de réussir ; ils doivent être accompagnés de progrès politiques et économiques qui s’attaquent aux conditions que l’EIIL a exploitées pour prendre racine. Le premier ministre Abadi prend des mesures importantes pour mettre sur pied un gouvernement plus ouvert et plus responsable, tout en travaillant à la stabilisation des zones reprises à l’EIIL. Et nos pays doivent aider le premier ministre Abadi dans ces efforts.

En Syrie, comme je l’ai dit hier, la victoire contre l’EIIL requiert, je crois, un nouveau dirigeant et un gouvernement d’ouverture qui unisse le peuple syrien dans la lutte contre les groupes terroristes. Ce sera un processus complexe. Et comme je l’ai déjà dit, nous sommes prêts à travailler avec tous les pays, y compris la Russie et l’Iran, pour trouver un mécanisme politique qui permette de démarrer un processus de transition.

Alors que les tentacules de l’EIIL s’étendent à d’autres régions, les États-Unis renforcent la coopération antiterroriste avec nos partenaires, comme la Tunisie. Nous augmentons notre soutien au Nigéria et à ses voisins pour repousser Boko Haram, lequel a prêté allégeance à l’EIIL. Et nous sommes en train de créer un nouveau centre d’échange pour mieux coordonner le soutien mondial aux programmes antiterroristes des pays, de façon à ce que nos efforts soient aussi efficaces que possible.

Toutefois, en définitive, il ne suffira pas de venir à bout de l’EIIL sur le champ de bataille. Nous devons avant tout l’empêcher de radicaliser, de recruter et d’inspirer d’autres personnes à la violence. Et cela signifie vaincre son idéologie. Or on ne triomphe pas des idéologies avec des armes, on les combat avec de meilleures idées, une vision plus attirante et plus convaincante. Sur la base de notre sommet de la Maison Blanche, qui s’est tenu un peu plus tôt dans l’année, et des sommets organisés à travers le monde depuis, nous progressons, ensemble, dans plusieurs domaines.

Nous intensifions nos efforts pour discréditer la propagande de l’EIIL, en particulier sur Internet. La nouvelle plateforme en ligne des EAU, le Sawab Center, expose la véritable nature de l’EIIL, à savoir une bande de terroristes qui tue des hommes, des femmes et des enfants musulmans innocents. Nous œuvrons à faire davantage entendre la voix des intellectuels, dignitaires religieux et autres personnes musulmanes – y compris de ceux qui ont quitté l’EIIL – qui s’opposent courageusement à l’EIIL et à ses interprétations perverties de l’Islam.

Nous reconnaissons que nous devons nous attaquer aux difficultés économiques qui existent dans certaines des régions et que l’EIIL cherche à exploiter. La pauvreté n’engendre pas le terrorisme. Mais comme on l’a vu au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, lorsque des individus, en particulier des jeunes gens, vivent dans la pauvreté, n’ont aucun espoir et se sentent humiliés par l’injustice et la corruption, cela peut alimenter des ressentiments que les terroristes ne manquent pas d’exploiter. C’est pourquoi le développement durable – le fait de donner des opportunités et de la dignité, surtout aux jeunes – est une composante de la lutte contre l’extrémisme violent.

Nous reconnaissons que nous devons aussi répondre aux griefs politiques que l’EIIL exploite. Je l’ai déjà dit : lorsque les droits de l’homme sont bafoués et que les citoyens n’ont pas la possibilité d’obtenir réparation de façon pacifique, cela nourrit la propagande terroriste qui justifie la violence. De même, lorsque les opposants politiques sont traités comme des terroristes et jetés en prison, cela peut devenir une prophétie auto-réalisatrice. Donc la véritable voie vers une stabilité et un progrès durables, ce n’est pas moins de démocratie ; je crois que c’est plus de démocratie, à savoir la liberté d’expression, la liberté religieuse, l’État de droit et des sociétés civiles fortes. Tout ceci doit jouer un rôle dans la lutte contre l’extrémisme violent.

Et enfin, nous reconnaissons que nos meilleurs partenaires en matière de protection des personnes vulnérables contre la tentation des idéologies extrémistes violentes, ce sont les communautés elles-mêmes – les familles, les amis, les voisins, les dignitaires religieux, les représentants de mouvements religieux qui aiment ces jeunes gens et se préoccupent d’eux.

N’oubliez pas que l’extrémisme violent n’est pas le fait d’une seule religion, et personne ne devrait donc être présumé suspect ou surveillé uniquement en raison de sa foi. Mais nous devons reconnaître que l’EIIL cible les communautés musulmanes dans le monde entier, et tout spécialement les individus qui peuvent être désabusés, confus, ou aux prises avec leur identité.

Et dans tous nos pays, nous devons continuer à construire de véritables partenariats avec les communautés musulmanes, fondés sur la confiance et la coopération, afin de leur permettre d’empêcher leurs proches de se radicaliser. Ce ne peut pas être uniquement le travail du gouvernement. C’est une tâche qui nous incombe à tous. Nous devons nous engager à bâtir des sociétés diversifiées, tolérantes, ouvertes, rejetant les préjugés contre les Musulmans et les immigrants qui créent justement les divisions, la peur et les ressentiments sur lesquels les extrémistes peuvent prospérer.

Je suis heureux qu’ici, à ce sommet, des entreprises – y compris des entreprises de haute technologie – investissent des fonds et proposent de la formation et de l’expertise technologique pour soutenir des programmes innovants qui font reculer l’extrémisme violent. Des villes aux quatre coins du monde s’unissent pour bâtir des communautés plus résilientes. Des chercheurs collaborent pour partager les meilleures pratiques, sachant ce qui fonctionne et ce que l’on pourrait faire mieux.

Et comme on l’a vu hier, des jeunes gens du monde entier participent à leur propre sommet. Ces jeunes gens, dont beaucoup sont musulmans, se rassemblent et utilisent leurs talents et la technologie pour contrer la propagande de l’EIIL, en particulier sur Internet, et pour empêcher leurs frères et sœurs d’être recrutés. Ces jeunes gens sont une source d’inspiration et nous donnent de l’espoir, et je voudrais vous demander à tous de remercier avec moi tous ces jeunes qui sont ici aujourd’hui. (Applaudissements.)

En conclusion, nous sommes face à un grave défi. Nous devons être lucides sur le fait qu’il s’agit d’une très lourde tâche. Nous avons des individus ici, comme le premier ministre Abadi et le président Buhari, qui sont en premières lignes. Et la situation ne va pas changer du jour au lendemain, car ce n’est pas simplement une campagne militaire dans laquelle nous sommes engagés. Des changements profonds sont en train de se produire au Moyen-Orient et en Afrique du Nord. Il y a des problèmes qui se sont accumulés pendant des décennies et qui s’expriment et se manifestent dans des organisations comme l’EIIL. Même si nous éliminions tout l’appareil dirigeant de l’EIIL, certaines de ces forces seraient encore à l’œuvre.

Mais finalement, je reste optimiste. En Irak et en Syrie, l’EIIL est entouré de communautés, de pays et d’une large coalition internationale qui sont déterminés à le détruire. Nous avons vu que l’EIIL peut être vaincu sur le champ de bataille, là où il existe une organisation solide ainsi qu’un gouvernement et une armée qui se coordonnent avec cette coalition et avec nos efforts diplomatiques. Et ici, à ce sommet, nous voyons un nouveau mouvement mondial qui vise à lutter contre l’extrémisme violent dont l’EIIL a besoin pour survivre.

Comme les terroristes et les tyrans à travers l’histoire, l’EIIL finira par perdre, car il n’a rien d’autre à offrir que la souffrance et la mort. Et lorsque vous regardez les récits de ceux qui travaillent sous son contrôle, il s’agit d’une vie austère et brutale qui n’est attirante pour personne sur le long terme. Donc nous finirons par l’emporter car nous sommes guidés par une vision plus forte, une vision meilleure : un attachement à la sécurité, à l’égalité des chances et à la dignité de tous les êtres humains. Mais cela demandera de l’assiduité, une attention et des efforts soutenus de notre part à tous. Et je vous suis reconnaissant, à vous tous qui participez déjà, d’être engagés dans cette tâche.