Sommet de la Maison-Blanche sur la lutte contre l’extrémisme violent

Des ministres de plus de 60 pays, le Haut-Représentant et Vice-président de l’Union européenne, le Secrétaire général des Nations Unies, les Secrétaires généraux du Conseil de l’Europe, de la Ligue des États arabes, de l’Organisation des États Américains, de l’Organisation de coopération islamique et de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, le Commissaire à la Paix et à la Sécurité de l’Union Africaine et des représentants de la société civile et du secteur privé se sont rencontrés aujourd’hui à Washington durant le segment ministériel du Sommet de la Maison-Blanche sur la lutte contre l’extrémisme violent pour élaborer un programme d’action complet rassemblant de multiples parties prenantes contre l’extrémisme violent et pour définir la voie à suivre dans cette lutte qui comportera notamment une réunion au sommet des dirigeants en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies de septembre 2015.

Au cours des débats où ont été abordés de nombreux sujets, les participants ont notamment :

  • condamné les récents attentats terroristes perpétrés, entre autres, en Afghanistan, au Danemark, en Égypte, en France, au Kenya, en Libye, au Nigéria, au Pakistan, en Somalie et au Yémen, ainsi qu’en Iraq, en Syrie et dans d’autres pays, en soulignant la nécessité de résoudre les crises et de prévenir de nouveaux conflits qui offrent aux terroristes des conditions favorables pour prospérer, et d’intensifier les efforts de lutte contre le recrutement et la radicalisation menant à la violence terroriste, y inclus de la part de personnes disposées à mener des attaques dans leur pays d’origine et de celles qui se rendent à l’étranger pour se joindre à des groupes terroristes, notamment Daesh, Al-Qaïda et ses organisations affiliées, les groupes Ansar Al-Charia, Boko Haram et Al-Shabaab.
  • souligné leur volonté de lutter contre l’extrémisme violent sous toutes ses formes et manifestations qui mènent au terrorisme, ainsi que de s’attaquer aux moteurs de cet extrémisme, précisé que l’expression « extrémisme violent », de même que « terrorisme », ne saurait être associée à une religion, une nationalité, une civilisation ou un groupe ethnique quelconques, et réaffirmé leur détermination de s’opposer à toute manifestation de nature discriminatoire fondée sur la religion où qu’elle puisse survenir.
  • réaffirmé que le recueil de renseignement, la force militaire et la police ne résoudront pas à eux seuls– et lorsqu’il en est fait un mésusage peuvent en fait exacerber – le problème de l’extrémisme violent, et réitéré le fait que des stratégies exhaustives fondées sur l’état de droit et les communautés constituent une composante essentielle de l’effort mondial de lutte contre l’extrémisme violent et, comme toutes les mesures visant à faire face à la menace terroriste, devraient être élaborées et appliquées dans le strict respect du droit international, en particulier du droit international des droits de l’homme, du droit international relatif aux réfugiés et du droit international humanitaire, ainsi que des buts et principes de la Charte des Nations Unies.
  • réaffirmé le rôle central des Nations Unies dans les efforts de lutte contre l’extrémisme violent et du cadre général offert par la Stratégie antiterroriste mondiale des Nations Unies pour faire face aux conditions propices à la propagation du terrorisme, et reconnu les engagements contenus dans la résolution 2178 du Conseil de sécurité des Nations Unies, accueillant avec satisfaction l’attention accordée dans la résolution au rôle des communautés dans la lutte contre l’extrémisme violent.
  • reconnu que les extrémistes violents peuvent chercher à déstabiliser les gouvernements et à induire des frictions au sein des sociétés, et souligné l’importance du respect et de la défense des principes démocratiques, et de la promotion de l’état de droit pour faire face à ces défis.
  • insisté sur le fait qu’une prévention efficace de la propagation de l’extrémisme violent dans les diverses communautés exige des efforts localisés, spécialisés et accrus, ce qui renforce ainsi la nécessité d’accroître l’autonomisation des jeunes, des familles et des femmes, ainsi que des dirigeants religieux, culturels et du monde de l’enseignement, de même que de tous les autres acteurs de la société civile concernés, et d’adopter des approches adaptées, en faisant preuve notamment de sensibilité aux cultures locales et aux croyances religieuses, pour faire face à ce phénomène.
  • noté the importance de veiller à ce que la société civile dispose d’un environnement favorable pour élaborer, promouvoir et proposer des solutions globales pour faire face à l’extrémisme violent, et à ce que les lois et politiques conçues pour cela ne soient pas utilisées pour limiter la jouissance des droits à la liberté d’expression, de réunion pacifique et d’association ou de mouvement.
  • accueilli avec satisfaction l’occasion de partager les bonnes pratiques et les efforts de mobilisation des connaissances spécialisées, des ressources et de la volonté politique, ainsi que des stratégies et des programmes efficaces pour lutter contre le recrutement et la radicalisation par les terroristes menant à la violence.
  • mis en évidence la nécessité d’analyser les modalités selon lesquelles le développement et les autres aides étrangères pertinentes peuvent contribuer à intervenir auprès des populations à risque de cooptation ou de recrutement par les extrémistes violents et à faire face aux conditions propices à la radicalisation débouchant sur la violence.
  • souligné la nécessité d’établir des communautés sûres et résilientes qui rejettent et condamnent l’extrémisme violent, notamment en amplifiant le rôle des jeunes et des femmes et en renforçant la coopération entre la police locale et la communauté et, lorsqu’il y a lieu, des relations entre la communauté et les forces de sécurité.
  • reconnu que les communautés marginalisées et les conflits prolongés peuvent offrir à l’extrémisme violent un terrain fertile et insisté sur la nécessité de résoudre les conflits en cours et de s’attacher davantage à faire face à la marginalisation sociale, économique et politique dans le cadre d’un effort plus général visant à assurer que les instances gouvernementales répondent aux besoins et aux revendications de leurs populations,
  • examiné les modalités selon lesquelles tirer le meilleur parti des opportunités économiques, professionnelles et éducatives en faveur des membres des communautés vulnérables au recrutement et à la radicalisation menant à la violence et, dans ce contexte, insisté sur l’importante contribution que le secteur privé peut apporter pour enrayer la propagation de l’extrémisme violent, qui affecte les entreprises au niveau mondial, perturbe les marchés et porte atteinte aux travailleurs ainsi qu’aux chaînes logistiques dont dépendent les entreprises et auxquelles les communautés ont recours pour leur approvisionnement en biens et en services.
  • insisté sur la nécessité d’intensifier les efforts de lutte contre les messages et les discours de l’extrémisme violent, notamment par le biais des médias sociaux, tout particulièrement pour lutter efficacement contre les techniques et stratégies employées par Daesh et d’autres groupes terroristes pour recruter des membres.
  • reconnu l’importance de l’identification et de l’amplification de voix crédibles et authentiques, de l’expansion d’une éducation religieuse et autre qui prône la tolérance, la paix et l’obtention de la justice par la non-violence, et du soutien du rôle des victimes du terrorisme pour mettre en évidence les coûts humains de l’extrémisme violent ainsi que de celui des « ex-terroristes » pour offrir des alternatives convaincantes aux discours de l’extrémisme violent.
  • insisté sur la nécessité de forger une compréhension et un respect mutuels entre personnes de différentes confessions et cultures, et reconnu l’importance d’amplifier les efforts en cours pour promouvoir un dialogue interconfessionnel, l’implication au niveau personnel et les échanges éducatifs et culturels, notamment aux fins d’assurer le respect de toutes les religions, valeurs religieuses, croyances et cultures.
  • rappelé la résolution 16/18[1] du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies en tant qu’instrument important dans la lutte contre la radicalisation menant à la violence, la marginalisation et l’aliénation, et appelé à sa mise en application effective par la communauté internationale en tant que moyen de priver les groupes et individus radicaux de tout argument invoqué pour justifier l’extrémisme violent se fondant sur des motifs de stigmatisation et de discrimination à base ethno-religieuse.
  • encouragé les Nations Unies, notamment par l’intermédiaire du Centre des Nations Unies pour la lutte contre le terrorisme et d’autres entités multilatérales, notamment les organisations régionales, à intensifier leurs efforts visant à déterminer les moteurs locaux de l’extrémisme violent et à y faire face, dans le cadre d’une initiative plus générale de renforcement de la coopération internationale dans ce domaine ; dans ce contexte, ils ont accueilli avec satisfaction les efforts du Forum mondial de lutte contre le terrorisme, en particulier les bonnes pratiques formulées par lui qui peuvent servir de base utile pour guider les actions futures et pour élaborer des conseils et des instruments non contraignants et concrets permettant de prévenir et de combattre l’extrémisme violent de manière efficace.
  • mis en évidence, en particulier, les efforts de deux initiatives internationales novatrices s’attachant à l’habilitation des acteurs locaux pour leur permettre de relever le défi de l’extrémisme violent, à savoir le Centre Hedayah d’Abou Dhabi et le Fonds mondial pour l’engagement de la communauté et la résilience (GCERF) de Genève.

Soulignant l’importance du programme d’action contre l’extrémisme violent présenté au cours de la réunion ministérielle, les participants ont insisté sur leur intention, individuellement et collectivement ainsi que sur une base volontaire, de réaliser des progrès concrets dans sa mise en œuvre, notamment par le biais d’un processus à multiples parties prenantes qui aboutira à un sommet des dirigeants contre l’extrémisme violent en marge de la réunion de l’Assemblée générale des Nations Unies de 2015. De même que pour les autres processus à multiples parties prenantes, tels que le Partenariat pour un gouvernement transparent, il a été entendu que des représentants de la société civile pouvaient y participer sur un pied d’égalité avec les gouvernements et le secteur privé.

À cet égard, les efforts de suivi devraient comporter, entre autres, des mesures relevant de plusieurs axes de travail, chacun de ceux-ci étant placé sous la direction d’une ou plusieurs délégations participantes et bénéficiant du concours de participants à la réunion intéressés et d’autres parties prenantes concernées.

Ces axes de travail sont les suivants :

  • Promotion de la recherche et du partage de l’information au niveau local sur les moteurs de l’extrémisme violent sous toutes ses formes et sur les moyens à employer pour s’y opposer ;
  • Renforcement du rôle, tout en préservant l’indépendance, de la société civile, en particulier des jeunes et des femmes, dans la lutte contre l’extrémisme violent et la prévention de ce dernier ;
  • Renforcement des relations entre la communauté, d’une part, et la police et les forces de sécurité de l’autre, dans le respect des droits de l’homme, en tant que composante d’une stratégie globale visant à combattre et à prévenir la propagation de l’extrémisme violent ;
  • Recours aux communications stratégiques, y compris les médias sociaux, pour lutter contre les messages extrémistes violents et délégitimer l’idéologie extrémiste violente, et création d’un mouvement mondial offrant d’autres voies, positives celles-ci, aux groupes vulnérables, en particulier aux jeunes et aux femmes ;
  • Accroissement du rôle des voix religieuses crédibles et authentiques prônant la tolérance et la non-violence, et plus généralement, promotion d’initiatives éducatives pour consolider la résistance au recrutement par les extrémistes ;
  • Prévention de la radicalisation menant à la violence dans les prisons et réhabilitation et réinsertion des extrémistes violents ;
  • Identification et financement des opportunités politiques et économiques des communautés vulnérables à la radicalisation et au recrutement en faveur de l’extrémisme violent ; et
  • Examen des modalités selon lesquelles l’aide au développement et les autres formes pertinentes d’aide extérieure peuvent contribuer à parer aux risques de cooptation ou de recrutement par l’extrémisme violent.

Divers événements de suivi régionaux et/ou thématiques et les autres initiatives doivent avoir lieu en divers points clés du monde et contribuer notamment à réaliser des progrès sur ces huit axes ; il est ainsi prévu des réunions pour l’Albanie, l’Algérie, l’Australie, le Danemark, le Kazakhstan, le Kenya, la Norvège, l’OSCE/Vienne, Singapour (Symposium du Sommet de l’Asie orientale) et l’UA. En outre, et conformément au souhait de faire un meilleur usage des plates-formes multilatérales existantes, les participants se sont déclarés pour ce faire en faveur de l’utilisation des activités futures des Nations Unies ainsi que du Forum mondial de lutte contre le terrorisme et des organisations régionales. Outre ces initiatives à multiples parties prenantes menées par les gouvernements et les organisations multilatérales, les représentants intéressés du secteur privé et de la société civile ont été encouragés à organiser des initiatives indépendantes afin d’avancer sur ces différents axes.

Enfin, les participants ont convenu de se retrouver en septembre à New York, en marge de la réunion de l’Assemblée générale des Nations Unies pour faire rapport des progrès accomplis depuis la présente réunion de niveau ministériel et offrir aux dirigeants des gouvernements, des organisations multilatérales, de la société civile et du secteur privé l’opportunité d’annoncer des stratégies et des programmes et initiatives de nature concrète ayant pour objet d’éliminer les moteurs de l’extrémisme violent.

[1]Intitulée « Lutte contre l’intolérance, les stéréotypes négatifs, la stigmatisation, la discrimination, l’incitation à la violence et la violence visant certaines personnes en raison de leur religion ou de leur conviction ».